École d’architecture
de la ville & des territoires
à Marne-la-Vallée

Master
Architecture et expérience

Selon John Cage, « expérimental » qualifie « un acte dont on ne prévoit pas l’issue ». Le nom de la filière
Architecture & Expérience célèbre, conjointement, son
attachement à la question de l’architecture savante en
tant que discipline constituée sur les plans historiques
et théoriques, d’une part, et au caractère expérimental
d’une démarche exploratoire qui appartient en propre
à ladite discipline, en tant que concept opératoire depuis
la Renaissance, mais, dans les faits, de tous temps, comme
en attestent, parmi bien d’autres choses, les corrections
optiques du Parthénon ou l’état-limite des structures
gothiques, d’autre part.
Pour trouver sens, ce caractère expérimental implique
une approche conceptuelle et théorique à laquelle
la filière, issue de Théorie et projet, reste prioritairement
attachée. La théorie, en identifiant des principes à l’oeuvre
dans des constructions de divers lieux et époques, rend
possibles tous les rapprochements, et la transformation
de n’importe quelle question en problématique
architecturale potentielle.
À ce titre, elle est le filtre privilégié par
lequel l’histoire devient réellement
opératoire pour faire des projets : en dépit
des idées reçues, la théorie est liée à la
pratique, comme nous le suggère aussi son
étymologie grecque qui la lie à
l’observation. Dans l’histoire, la plupart des
grands théoriciens de l’architecture ont été
des praticiens, et la théorie est ce qui, dans
le fond, permet de prendre des décisions
raisonnées quant à la mise en forme des
bâtiments.
Expérience souligne aussi le fait que les
objets architecturaux sont destinés à être
expérimentés concrètement d’un point de
vue phénoménologique, dans toutes leurs
dimensions perceptives. La recherche
d’Architecture & Expérience est donc
ancrée, à la fois, dans le monde des idées et
dans celui de la matière perçue d’espaces
concrets.
Enfin, expérience renvoie à l’ambition
nécessairement expérimentale d’une
pédagogie de Master : nous menons des
expériences pédagogiques pour nous
permettre de mener à bien des expériences
architecturales. En dépit de l’ambition
théorique de notre démarche, nous
assumons aussi son caractère partiellement
empirique.

Élucider la condition ordinaire contemporaine
La recherche d’Architecture & expérience
vise à comprendre la manière dont
l’architecture peut continuer à exister
en tant que medium sophistiqué dans
la condition ordinaire contemporaine.
Par la mise en forme des constructions l’architecture fait parler la masse muette
des matériaux. La cohérence formelle garantit l’intelligibilité des constructions :
inscrites dans le champ de la culture architecturale savante elles véhiculent des
valeurs partageables ; l’architecture confère ainsi un caractère collectif à toute
construction. Pendant près de cinq siècles l’architecture classique a fonctionné comme
un langage unifié manipulable à loisir, intelligible par quelques happy few.
Elle a ainsi atteint un très haut niveau de sophistication et s’est considérablement
renforcée en tant que discipline savante
constituée autour d’un corpus de références
historiques et de concepts théoriques. Suite
à la crise esthétique née de l’effondrement
de l’architecture classique sous les coups
de butoir de la Révolution industrielle,
le XXe siècle a lutté pour éviter d’affronter
la question d’une architecture qui ne serait
plus un langage commun unifié. Les
architectes modernes en tentant d’écrire une nouvelle grammaire, d’inspiration
industrielle, destinée à devenir aussi
internationale que celle de l’architecture
classique ; les post-modernes historicistes,
ensuite, en s’amusant à réactiver le langage
du passé comme des enfants rejouant les
croisades avec des sabres en plastique ; les
phénoménologues et déconstructivistes de
tout poil en considérant que l’architecture
renaîtrai de sa propre négation en tant que
culture constituée.

Mais la crise résultant de la révolution
industrielle est si profonde qu’elle nécessite
un changement de paradigme pour
permettre à l’architecture de continuer
d’exister de manière crédible dans le monde
contemporain. Pour maintenir l’architecture
comme système de signification pour les
constructions il faut abandonner, d’une
part, l’idée qu’elle puisse un jour redevenir
un langage unifié et, d’autre part, celle que
la reconduction de formes stérilisées par la
disparition des systèmes de production qui
les avaient vu naître soit une option
sérieuse ; enfin, que les choses puissent
signifier par leur seule présence ou
bizarrerie, en dehors de tout champ culturel
préexistant.
L’architecture savante a longtemps eu
comme seul objet les constructions
exceptionnelles. La puissance surhumaine
de la révolution industrielle a
quantitativement modifié en quelques
décennies la réalité comme aucun autre
phénomène jusque là, emportant la
discipline dans le flot d’une massification
sans rémission : plus de constructions ont
été érigées au XXe siècle que durant toute
l’histoire de l’humanité. Ce déplacement de
son centre de gravité de l’exceptionnel vers
le massif a modifié la définition même de
l’architecture, mettant en crise nombre de
ses principes.
Par ailleurs, cette massification a joué et
continue de jouer un rôle majeur dans la
dégradation des conditions de vie sur terre
et dans l’épuisement des ressources
naturelles, et Architecture & Expérience
émettra des hypothèses sur ces questions
afin de proposer des alternatives aux
solutions technicistes le plus souvent mises
en oeuvre aujourd’hui. Au-delà, des
questions telles que celles, parmi bien
d’autres, du monument, de la typologie,
du rapport entre production ordinaire et
savante, de l’architecture en tant que
langage, de la réponse à trouver à la
question de la diversité, ou de la capacité
des systèmes constructifs contemporains à
participer de l’expression architecturale,
sont aujourd’hui mises en crise par la
massification.
C’est à l’élucidation des conséquences
architecturales de cette condition unique
dans l’histoire et qui place, en quelque
sorte, l’architecture au bord d’elle-même,
que se consacre Architecture & Expérience.
Comment faire en sorte qu’une architecture
fondée sur la masse plutôt que sur
l’exception puisse se montrer pertinente au
regard des nécessités contemporaines –
incarnation de la ville diffuse, responsabilité
environnementale, expression de valeurs
esthétiques contemporaines, en particulier
– tout en s’inscrivant dans la dynamique
historique et théorique de l’architecture
considérée en tant que discipline culturelle
sophistiquée ? Que reste-t-il de permanent
dans la condition contemporaine, et
comment cette permanence peut-elle être
réinventée ? Comment rester subtil et
authentiquement complexe tout en étant
massif ? Se la forma scompare la sua radice è
eterna – si la forme disparaît, sa racine est
éternelle –, titre Mario Merz une de ses
oeuvres. C’est à la recherche de cette racine
éternelle que notre recherche est dédiée.
Architecture & expérience perçoit cette
situation comme une opportunité positive
de mise à jour de questions architecturales
plutôt que comme un danger de disparition
de la discipline. L’architecture n’est pas
soluble dans la prise en compte des
questions territoriales et
environnementales : l’objet architectural
constitue, in fine, le sujet d’étude
de la filière ; mais ces questions ont,
naturellement, aussi vocation à informer
ce dernier.
Face à l’impossibilité de manipuler de
manière crédible un vocabulaire préexistant
partageable, et face à la nécessité de
construire avec des moyens frugaux et
courants, la théorie se trouve naturellement
instituée en tant que thème central d’une
architecture savante de la condition
ordinaire qui ne peut briller ni par son
intelligibilité a priori, ni par des prestations
exceptionnelles, et qui doit donc renoncer à
certaines formes de beautés traditionnelles
pour en légitimer de nouvelles. La théorie
est le bras armé d’une telle architecture.
C’est elle qui permet d’affronter cette
condition a priori corrosive pour
l’architecture savante. Comme le dit
Tancredi Falconeri dans Le Guépard : « pour
que tout reste comme avant, il faut que tout
change ». Issu d’un ordre dont le caractère
ancien ne l’empêche pas d’avoir
l’intelligence de la condition présente pour
préserver ce qui est essentiel à ses yeux, il
est le héros ardent et enthousiaste sous
les auspices duquel nous plaçons notre
enseignement.

Filière dirigée par :
Éric Lapierre

Projet
Ambra Fabi
Éric Lapierre
Giovanni Piovene
Assistés par
Tristan Chadney
Laurent Esmilaire

Séminaire
Éric Lapierre
Sébastien Marot

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