Architecture et idéologie

Jeudi 23 et vendredi 24 novembre 2017
Evénement-débat proposé par Can Onaner et Gilles Delalex, soutenu par les laboratoires LIAT (Directrice Dominique Rouillard) de l’ENSA Paris-Malaquais et OCS de l’EAV&T Marne-la-Vallée (Directeur Paul Landauer).
Comité Scientifique: Dominique Rouillard, Luc Baboulet, Jean Taricat, Georgi Stanishev, Can Onaner et Gilles Delalex

Les dernières biennales d’architecture de Venise ont montré des architectes enclins à endosser des postures engagées autour de questions sociétales, économiques et politiques. Face à ces revendications récentes, il est légitime de s’interroger sur la capacité de l’architecture à fabriquer de nouvelles idéologies à travers ses productions écrites, ses écoles et ses lieux d’exposition, et à s’inscrire dans une histoire critique des idéologies en architecture.
La notion d’idéologie possède souvent un sens péjoratif, dans les théories marxistes notamment, où elle correspond à une vision hégémonique qui légitime l’existence d’une classe dominante en imposant une certaine conscience du monde. On peut nuancer ce sens en considérant d’une part les aspects positifs des idéologies, comme la ferveur et l’engagement, et d’autre part la complexité de leur production, qui ne relève pas uniquement de manipulations et de théories déterministes, mais également de pratiques et d’attentes ordinaires. Les idéologies sont donc bien plus que des pensées imposées qui n’occuperaient nos esprits qu’en surface et qui seraient dès lors faciles à circonscrire et à dépasser. Ce sont des constructions complexes, multiples, qui se modifient sans cesse en incorporant des idées nouvelles.
La question des rapports entre architecture et idéologie ressurgit régulièrement et sous des formes assez diverses. Dans l’histoire récente, les années 1970 et 1980 ont marqué, pour ce débat, un moment de forte intensité. On s’interrogeait à ce moment sur la manière de faire face à la dimension idéologique de l’architecture pour que pratique et critique ne succombent pas à leur exploitation inconsciente. On peut tirer de ces débats au moins trois positions : celle d’une grande idéologie dominante, le capitalisme, qu’il s’agit de combattre (Manfredo Tafuri); la thèse de l’émergence d’idéologies multiples et de la possibilité d’enclaves culturelles alternatives et indépendantes (Fredric Jameson) ; et celle de la fin des idéologies, le capitalisme ayant pris une nouvelle forme, consensuelle et immatérielle, permettant de nouvelles expressions dépassant les priorités matérielles (Daniel Bell).
Trente ans après ces débats éminemment politiques, le contexte d’une globalisation avancée accompagnée d’une crise généralisée, engendrent de nouvelles postures en architecture. On pense à celle du durable avec la prise en compte de l’anthropocène, à la résurgence de thèses progressistes évoquant l’avènement d’une nouvelle ère « post-digitale », au retour d’un formalisme néo-rationaliste à visée politique et à des démarches participatives variées revisitant des expérimentations des années 1970. Ces différentes postures qui se veulent engagées posent à nouveau la question de la relation entre architecture et idéologie. Car si les idéologies qui façonnent le champ de l’architecture semblent moins visibles, elles n’en sont pas moins actives et présentes dans différentes oeuvres théoriques, pédagogiques et construites. L’objectif de la rencontre est de cartographier les tensions idéologiques qui mobilisent l’architecture aujourd’hui, de manière discrète ou affichée, afin d’offrir un aperçu des mouvements qui animent la discipline.
Ce projet d’événement propose d’inviter différentes personnalités dont le travail interroge la notion d’idéologie, soit en revendiquant un positionnement singulier à l’égard de leur pratique, soit en tentant de réintroduire des formes de pensées critiques, soit encore en menant une réflexion historique ou méthodologique, sur les doctrines qui façonnent l’architecture.

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